mercredi 24 juin 2009

De l'oral seul à l'Ecriture seule...




"Cet Evangile, ils l'ont d'abord prêché ; ensuite, par la volonté de Dieu, ils nous l'ont transmis dans des Ecritures, pour qu'il soit le fondement et la colonne de notre foi. "
--St Irénée de Lyon, Contre les hérésies, Livre III



L'Eglise chrétienne a toujours reposé sur une seule et même autorité, c'est à dire, sur le fondement des apôtres et des prophètes, Jésus Christ étant la pierre soutenant tout l'édifice (Ephésiens 2. 20).
Mais pour ce qui concerne la période du Nouveau Testament, il est manifeste que le peuple de Dieu a connu trois temps dans la mise en contact avec la doctrine sacrée des apôtres:
un temps d'instruction exclusivement orale (I); puis, un temps de transition avec un enseignement oral et scripturaire (II) pour terminer avec une période exclusivement scripturaire (III).

I. L'ère primitive: La source totalement orale:

Il est tout à fait manifeste que lorsque le Seigneur a envoyé ses apôtres annoncer l'Evangile dans le monde, ceux-ci ne se sont pas précipités sur leurs plumes afin d'écrire des livres, sans dire mot autrement que par écrit.
Le Livre des Actes nous montre au contraire combien les apôtres ont préché, de façon orale, partout où ils passaient et combien ils ont mis de temps à réaffirmer l'Evangile tout en dispensant des instructions pour édifier l'Eglise, sans rien écrire (Actes 2. 14-47; 3. 12, ss; 4. 8, ss; etc;) .
Il est donc notoire qu'à cette époque, seules les préscriptions données par les apôtres [de bouche à oreille] devaient tenir de tradition apostolique pour les différentes Eglises du monde (quoiqu'elles ne furent géographiquement pas très étendues)...
Cela ne veut pas dire qu'il n'y avait pas du tout d'Ecriture: l'Eglise possédait au contraire l'Ancien Testament sur lequel les apôtres et les premiers disciples s'appuyaient fréquemment (Actes 8. 30, ss// 17. 11, etc;) ainsi que leur avait appris à le faire le Christ (c.f. Luc 24. 27). Mais la Tradition apostolique (= enseignement du Nouveau Testament) était pour l'heure purement orale.
Cependant, cet état de chose ne pouvait être que provisoire, et ce en raison de deux facteurs:
1) le facteur de l'espace (= les Eglises avaient besoin d'instructions , or les apôtres ne pouvaient pas toujours se déplacer pour les informer, ni être partout à la fois);

2) le facteur du temps (= les apôtres n'étaient pas plus immortels que les pasteurs qu'ils avaient formés; or, de ces derniers --et de leurs successeurs--, certains allaient devenir des traitres et des loups pour les âmes: Actes 20. 29-31//2Pierre 2. 1, ss// 2Thess 2. 4).
Comment seraient alors contrées les diverses hérésies à venir? Sur la base de quelle autorité? Si les apôtres allaient quitter ce monde, leur prédication devait demeurer de façon certaine et précise: que l'Eglise ait un accès et une familiarité très fiables à leurs instructions, comme si les apôtres étaient présents
eux-mêmes et parlaient aux fidèles...



II. La période transitoire: source orale et scripturaire:

Devant ces différents problèmes, l'Esprit a poussé les apôtres à écrire (c.f. 2Pierre 1. 20-21/Romains 15. 4). C'est ainsi que, petit à petit, Paul --ainsi que les autres-- ont adressé des épîtres à différentes communautés, épîtres dans lesquelles se cristalisait peu à peu l'enseignement que l'Esprit voulait préserver pour l'Eglise de tous les temps.
Evidemment, à la rédaction de la première épître, on ne pouvait pas la désigner en disant: voilà la seule autorité dans l'Eglise! car une ou deux épîtres, bien que très préciseuses et divinement inspirées, ne constituent pas l'ensemble du Trésor que l'Esprit a désiré nous communiquer par les auteurs sacrés --qui étaient d'ailleurs toujours en vie pour instruire l'Eglise...
C'est la raison pour laquelle, à cette époque encore, les apôtres se méfiaient autant des lettres que des paroles apocryphes (2 Thessaloniciens 2. 2).
C'est la raison pour laquelle, encore, l'apôtre rappellait à ses contemporains les traditions qu'il leur avait enseigné, que ce soit de vive voix ou par écrit (2Thessaloniciens 2.15).
Mais cette cristalisation de l'enseignement apostolique devait-il rester tel (= partiel) à jamais?

III. La période définitive: l'Ecriture seule (sola scriptura):

Dans sa deuxième épître à Timothée, l'apôtre Paul évoque sa mort prochaine (2Tim 4. 6). Alors, il remet son disciple à la consolation --et à la lumière-- des seules Ecritures, dont il dit qu'elles peuvent (= δυναμενα) l'instruire pour le salut, par la foi qui est en Jésus-Christ (2 Tim 3. 15).
Or ce mot: δυναμενα, aussi utilisé dans 2Tim 3. 7, signifie une capacité, un pouvoir. Ainsi, selon St Paul, les Ecritures saintes (= l'ensemble du Canon) ont le pouvoir, la faculté, elles sont capables d'instruire l'homme pour le salut! C'est la suffisance des Ecritures qui est ici affirmée!
Ici, il y a une grande différence d'avec 2Thessaloniciens 2. 15 où Paul renvoyait au souvenir de ses sermons autant qu'à ses écrits.
En effet, 2Thess 2. 15 manifeste l'insuffisance de l'épître précédente (-->1Thessaloniciens) à édifier les croyants en toutes choses: les contemporains de Paul et des apôtres avaient la mémoire "fraiche" et devaient s'édifier sur ce qu'ils avaient entendu de lui (2Thessaloniciens 2. 5); ils l'avaient même vu vivre parmi eux! (2Thessaloniciens 3. 7)
Il est donc normal que Paul leur remette en mémoire, non seulement ses enseignements écrits mais aussi oraux.
Mais maintenant, Paul va mourir. D'ailleurs, il sait que ce sera aussi le cas des autres apôtres. Cette génération va disparaître, et nous voyons qu'alors, il réduit la somme de la foi à l'Ecriture, dont le canon termine de se constituer avec cette génération (Jean, le dernier apôtre, écrira l'apocalypse qui termine la Bible!).


Ainsi, pour Paul, si une épître particulière ne pouvait être suffisante à ses contemporains, l'ensemble des Ecritures (Ancien Testament et Nouveau Testament) devait bien suffire à l'Eglise des générations futures, jusqu'à la fin du monde.
On nous objecte certes souvent que Paul, en 2Timothée 3. 15, parlerait seulement de l'AT. Que la sola scriptura (l'Ecriture seule) des protestants ne se tiendrait donc pas, car sinon, il faudrait comprendre que seul l'AT suffit au salut, nous privant ainsi des lumières du NT.
Mais cette objection a-t-elle un sens?
Nous ne croyons pas. En effet, si Paul confie son disciple à l'Ecriture --que celui-ci a connu dès l'enfance (donc: l'Ancien Testament), il n'y a aucune raison pour que Paul ait exclu de ce Canon ses écrits (ou ceux des autres auteurs du Nouveau Testament). Et la preuve que Paul inclut ses textes (et le reste du Nouveau Testament) dans la liste des Ecritures saintes, c'est ce qu'en dit l'apôtre Pierre qui les considère tous comme également bibliques (2Pierre 3. 15-16).

Que cela plaise ou non, Paul confie donc bien les pasteurs et les Eglises des temps à venir au soins de l'Ecriture (= Ancien et Nouveau Testament) en disant que celle-ci peut rendre sage à salut par la foi en Jésus Christ.

AUGUSTINUS (Bucer)